La recherche à AVA

L’écrasante majorité des chiens et des chats dans le monde étant errants ou divagants et le nombre d’animaux en refuge étant très important, il semble tout à fait pertinent de savoir si cette population de chiens et de chats présente et exprime les mêmes compétences que des animaux vivant chez des propriétaires. Par exemple, il est possible qu’un chien vivant dans une maison avec des humains et sans autres animaux, n’ait pas les mêmes besoins qu’un chien vivant dans un grand enclos avec plusieurs congénères. Ces deux chiens utiliseront, peut être, des stratégies d’apprentissages très différentes du fait de l’influence de leur environnement social et physique. Nous avons donc décidé d’axer nos recherches sur cette population d’animaux domestiques vivant en collectivité. Nos thématiques principales sont le bien-être et la réhabilitation.

 

Certaines de nos études sont plutôt liées à la recherche appliquée. Par exemple, certains animaux montrent-ils des signes de stress chronique? Ou encore, comment peut-on améliorer le bien-être d’animaux de compagnie, comme nos chiens, qui ont un contact limité avec l’humain ? Mais encore, comment peut-on respecter au mieux le mode de vie solitaire des chats, lorsque nous n’avons d’autres choix que les faire vivre à plusieurs dans un même enclos ?

 

D’autres études s’intéressant plus aux fondements de certains comportements, sont également menées à l’AVA. Evaluer, et au besoin améliorer le bien-être d’un animal, demande une bonne connaissance des compétences, des capacités d’adaptation et des caractéristiques de l’animal. Seules des études plus « fondamentales » peuvent nous permettre de répondre à ces questions.

 

Autant d’études qui ont pour but d’améliorer les conditions de vie de nos animaux à AVA. Mais également d’apporter des résultats pour l’amélioration des conditions d’hébergement de tous les animaux domestiques vivants en collectivité (refuge, élevage, pension…) en France et ailleurs.

Le Bien-Être animal

Il n’est pas toujours facile d’attester avec certitude et objectivité que l’animal que l’on regarde est en situation de bien-être. Souvent d’une personne à l’autre, la définition de ce qu’est le bien-être peut-être très différente. Nous avons tendance à penser que ce qui est bon pour nous est bon pour nos animaux et leur apporte tout ce dont ils ont besoin. En faisant cela, nous faisons de l’anthropomorphisme. Ce qui revient à attribuer aux animaux des pensées humaines, c’est-à-dire attribuer des états mentaux qui seraient les nôtres si l’on était à leur place. Mais lorsque nous faisons cela, nous sommes peut-être bien loin de ce qu’il se passe réellement dans leur tête.

 

En quoi notre vision « humaine » du bien-être (s’allonger sur un sofa avec un thé et un bon livre, par exemple) peut avoir du sens pour un chien ? Est-ce que le bien-être réside dans le fait d’offrir un canapé à notre compagnon, ou est-ce qu’il s’agit plutôt de lui offrir des conditions de vie adéquate à son espèce ? Les situations que nous offrons à nos animaux en pensant leur faire du bien, sont parfois inadaptées à leur fonctionnement, leur mode de vie et peuvent être une source de stress pour eux.

 

De nombreux chercheurs en éthologie se sont donc intéressés à définir le « bien-être animal » et à trouver des moyens objectifs pour l’évaluer. Dans un premier temps Harrison (en 1988) puis, de manière plus précise, Hastein (en 2004) ont énoncé 7 libertés de l’animal qu’il nous faut respecter lorsque l’on veille à leur bien-être. L’animal est donc :

– Libre de vivre sans soif, ni faim, ni malnutrition ;

– Libre de vivre dans un confort approprié et libre d’avoir un refuge (abri) : pas de gêne physique ou thermique ;

– Libre de vivre sans douleur : prévention, diagnostic rapide et traitement des blessures et maladies ;

– Libre d’exprimer des comportements normaux ;

– Libre de vivre sans peur, détresse et souffrance ;

– Libre de vivre sans stress et souffrance durant le transport ;

– Libre de vivre sans stress et souffrance durant l’abattage.

Les deux dernières libertés ont été énoncées pour les animaux de ferme, qui sont les principales espèces impliquées dans les études sur le bien-être.

 

Prendre en considération le bien-être d’un animal, c’est prendre en compte le fonctionnement biologique et la vie naturelle de son espèce, mais aussi ses états affectifs. Puis l’évaluation du bien-être peut se faire de différentes manières, plus ou moins simultanément. En effet, on peut prendre en compte l’état de santé physique de l’animal. Mais aussi certains signes physiologiques, comme le taux de cortisol présent dans l’organisme lors d’un stress. Enfin, il est également possible de prendre en compte des indicateurs comportementaux. En effet, les comportements exprimés par l’animal vont permettre à l’éthologue d’évaluer s’il est en situation de bien-être ou plutôt de mal-être. Par exemple, on jugera qu’un animal présente un mal-être s’il exprime des stéréotypies durant une grande partie de sa période d’activité journalière.

 

Mason (en 1991) a décrit les stéréotypies comme étant des comportements répétitifs, toujours identiques et qui n’ont ni but ni fonction apparents. De plus, nous ne retrouvons pas ces comportements stéréotypés en milieu naturel et ils sont bien souvent très individuels. En effet, deux animaux partageant le même enclos peuvent présenter des stéréotypies bien différentes. Ce type de comportement apparaît lorsque l’animal se trouve dans un environnement qui induit pour lui des frustrations, soit parce qu’il ne peut pas exprimer un comportement naturel qui est nécessaire à son bien être, soit parce que cet environnement est pauvre en stimulations. Dans tous les cas il s’agit là de la manifestation d’une souffrance comportementale. Malheureusement il est très difficile de stopper ces comportements stéréotypés. Car de manière paradoxale ils peuvent apporter un certain « apaisement » à l’animal qui les réalise. En effet, la réalisation de ces comportements chez un animal stressé, induit une libération d’opiacés (sorte de dérivés de morphine que nous produisons naturellement) au niveau cérébral. C’est pourquoi si la cause à l’origine d’une stéréotypie n’est pas clairement mise en évidence et si la solution « proposée » à l’animal n’est pas en adéquation avec ses besoins, alors on verra apparaître de nouveaux comportements de ce type en remplacement des précédents.

L'aménagement du milieu de vie

Lorsque l’on a établi qu’un animal se trouve en situation de mal-être, il est important de définir la meilleure méthode pouvant aider à rétablir un bon niveau de bien-être. Le plus souvent on va avoir recours à « l’aménagement du milieu». Il s’agit alors de modifier de manière pertinente l’environnement immédiat de l’animal, de modifier ou d’ajouter quelque chose dans ce qui l’entoure.

 

On observe ensuite si cette modification a un effet bénéfique ou non sur l’animal. Il existe plusieurs méthodes pour aménager l’environnement. On peut modifier les méthodes d’alimentation, par exemple partager la ration alimentaire sur toute la journée ou encore cacher de la nourriture un peu partout (selon les comportements alimentaires de l’espèce).

 

 

On peut également agir sur l’environnement « physique », ajouter des objets pertinents pour l’espèce (comme des structures de grimpe pour des singes), diviser l’enclos en plusieurs aires, etc…

 

L’environnement « social » est également important pour certaines espèces. En effet certains animaux supportent très mal la solitude, la présence d’un congénère peut être une solution, ou des interactions le plus fréquemment possibles avec l’humain dans le cas du chien par exemple.

 

Néanmoins tout aménagement n’est pas nécessairement bon. Afin qu’il soit bien ciblé, des observations comportementales pré et post- aménagement doivent être menées afin de s’assurer que celui-ci est bénéfique.

 

Si les résultats de l’étude nous indiquent que l’aménagement est bénéfique pour l’animal, alors on parlera d’enrichissement.

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